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Facturation électronique · publié le 15 août 2026 · mis à jour le 1 septembre 2026 · 9 min de lecture

Nous avons ouvert trois comptes sur des plateformes agréées

Trois inscriptions réelles, une pièce d'identité, un mandat signé et une facture émise. Ce que nos essais du 15 août 2026 ont révélé sur l'activation, la réception et les limites du gratuit.

Ce qui est obligatoire depuis le 1er septembre

Au 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA doivent être en mesure de recevoir une facture électronique par une plateforme agréée. Toutes : la taille, la forme juridique et le régime d'imposition n'y changent rien, et la franchise en base n'exonère de rien — on y est assujetti sans être redevable, et c'est l'assujettissement qui déclenche l'obligation.

Ce qui n'est pas encore obligatoire pour les indépendants, les TPE et les PME, c'est d'émettre : cette seconde marche arrive le 1er septembre 2027. Les grandes entreprises et les ETI, elles, émettent déjà. Confondre les deux calendriers pousse encore de petites structures à souscrire trop tôt.

Ce que nous avons fait

Nous avons ouvert trois comptes réels, sur trois catégories d'outils volontairement différentes : un cabinet d'expertise comptable, un logiciel de facturation, et une banque professionnelle. Comptes réels, entreprise réelle, pièce d'identité réelle, mandat réellement signé. Les relevés complets figurent sur chaque fiche du comparateur, avec la date du passage.

Sur les trois, une seule a permis de mener le parcours entier — plateforme agréée activée et facture établie. Chez les deux autres, le chemin s'est interrompu avant : l'une réserve la création de factures à sa formule payante, l'autre demandait un second compte pour activer sa plateforme agréée. Nous ne prétendons donc pas décrire le marché entier ; nous décrivons ce que nous avons vu.

Le constat : l'émission électronique n'est pas encore livrée

Sur la plateforme où nous sommes allés au bout, le parcours d'inscription s'est déroulé gratuitement jusqu'au bout, et le produit a affiché ce qu'il devait afficher : une adresse électronique de facturation et une boîte de réception. La facture, elle, a été créée, numérotée et validée sans le moindre paiement.

Nous écrivons « a affiché » et non « a abouti », et la nuance n'est pas de la prudence de façade. Quelques heures plus tard, le même produit soutenait deux choses contraires sur le même écran : l'adresse électronique était bien là, avec un bouton pour la transmettre à ses fournisseurs, pendant qu'une fenêtre annonçait « vous n'êtes PAS encore inscrit » et « sans cette inscription, vous n'êtes pas en conformité », action alors requise avant le 1er septembre. Depuis l'application, rien ne permettait de savoir laquelle des deux affirmations était la bonne. C'est le constat daté de notre essai du 15 août 2026, pas une affirmation sur l'état actuel du produit.

Puis vient le moment de l'envoyer. Les options proposées sur une facture validée sont : ouvrir l'éditeur d'e-mail, télécharger, dupliquer, marquer comme payée, activer les relances, annuler. Aucune transmission par la plateforme agréée. L'historique de la facture ne consigne qu'une ligne, « Facture créée ». Autrement dit : un PDF par courriel, c'est-à-dire exactement le circuit que la réforme est censée remplacer.

Ce n'est pas une omission passagère : sur la fiche d'un client, le champ qui désigne la plateforme du destinataire est désactivé et porte la mention « bientôt disponible ». L'éditeur y écrit lui-même que les factures « seront » routées automatiquement. Au futur.

Pourquoi ce n'est pas un scandale

Disons-le franchement, parce que l'inverse se lit partout : cet éditeur n'est pas en retard sur le calendrier. L'émission n'est exigible qu'en septembre 2027. Et la boîte de réception, elle, existe et fonctionne — c'est le doute sur l'inscription elle-même, décrit plus haut, qui reste à lever.

Le reproche est plus étroit, et il tient en une nuance de temps : la page commerciale décrit l'émission au présent, « envoi et réception », « tout est inclus », quand le produit la met au futur. Détail remarquable, l'échéancier affiché à l'intérieur de l'application est plus prudent que la page qui vend : il qualifie l'émission de 2027 de « potentiellement obligatoire », là où la foire aux questions publique tranche.

Ce qui compte vraiment maintenant

Puisque seule la réception est exigée, le geste utile n'est pas de choisir l'outil qui facturera le mieux dans deux ans. C'est d'être joignable : inscrit auprès d'une plateforme agréée, donc répertorié dans l'annuaire, pour que les factures de vos fournisseurs aient une adresse où arriver. Sans cela, ce sont vos fournisseurs qui ne pourront plus vous facturer — et c'est votre activité qui se bloque.

Bonne nouvelle : ce choix n'est pas définitif. Changer de plateforme agréée se fait à tout moment. Rien ne justifie de s'engager dans un abonnement pour tenir une échéance qui ne demande qu'une inscription.

Le socle commun observé dans trois parcours

Dans les trois parcours testés, nous avons retrouvé un socle commun — identité, entreprise et mandat — avec des variantes selon l'outil. D'autres plateformes peuvent demander des pièces ou des étapes différentes :

  • une pièce d'identité en cours de validité — carte nationale recto-verso, passeport ou titre de séjour — pour établir que vous êtes bien un représentant légal habilité ;
  • la signature d'un mandat désignant la plateforme ;
  • puis l'inscription dans l'annuaire.

Autrement dit : une vérification d'identité et un mandat ne sont pas, à eux seuls, des anomalies. En revanche, comparez les pièces, les messages et les étapes réellement demandés. Sur les trois parcours testés, l'inscription n'a rien coûté.

Trois pièges que seul le parcours révèle

La recherche de votre entreprise par nom. Le tunnel d'inscription propose de vous retrouver par votre nom : pour un patronyme courant, cela renvoie une dizaine d'entreprises réelles, dans d'autres départements, avec des activités sans rapport. On rattache là une identité fiscale, et l'erreur se joue à un clic. Cherchez par SIREN, qui ne renvoie qu'un résultat.

Le nom de naissance. La vérification d'identité réclame le nom porté sur la pièce, pas le nom d'usage. Quiconque figure au registre sous un nom marital doit fournir son nom de naissance, sous peine d'un refus qu'aucun message n'explique clairement.

La case de la franchise en base. Dans les mentions légales, l'option « je suis bénéficiaire de la franchise en base de TVA » peut être décochée par défaut. C'est elle qui déclenche la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI », légalement obligatoire pour qui relève de ce régime. Une facture établie sans y avoir pensé sort sans la mention.

Et le prix, alors ?

L'inscription à une plateforme agréée est gratuite sur les trois. La facturation, elle, dépend de l'éditeur : l'un l'ouvre sans limite en formule gratuite, un autre la réserve à une formule payante, le troisième ne nous a laissé la voir que pendant sa période d'essai — ce qui ne dit rien du trente-et-unième jour.

Méfiez-vous enfin du mot « gratuit » pris au pied de la lettre. Là où la facturation ne coûte rien, l'éditeur se rémunère ailleurs : commission sur les liens de paiement, relances automatiques réservées aux abonnés. Rien n'est caché, tout est affiché — mais gratuit ne veut pas dire sans revenu sur vous.

Les relevés détaillés, plateforme par plateforme, avec la date de chaque passage, sont sur le comparateur. Si vous n'avez aucun logiciel aujourd'hui, la marche à suivre pour recevoir est détaillée ici. Et si vous ne savez pas encore si votre outil actuel suffit, les questions à poser à votre éditeur sont là.